*** ci-dessous "Livres-mystiques".: un hommage à Roland Soyer décédé le 01 Juin 2011

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lundi 13 avril 2015

CAGLIOSTRO DEVANT LES NATIONS ( article de Max Camis - directeur des Amitiés Spirituelles jusqu'en 1985 ) :





























Après la magistrale étude faite par le Docteur MARC HAVEN sur la vie de
Cagliostro, il serait vain d'en reprendre les détails, si nous n'avions
le besoin de nous entendre redire souvent les mêmes affirmations
providentielles.
Sur les routes désertes et longues, nos yeux aiment s'attacher de temps
en temps à des indications directrices ou kilométriques, pour reprendre
courage. Au spirituel il en est de même, notre manque de confiance a
besoin de l'exemple d'un aîné ou de la certitude d'une présence
surhumaine sur la terre.
L'histoire, ne se grave dans la mémoire que par la vie des héros, la foi
ne s'augmente que par celle des saints et des missionnés. Mais, parmi
ceux-ci, il en est de plus grands ; que les églises, les siècles et les
historiens combattent sans pouvoir les comprendre jamais : leur rôle
anonyme est du reste troublant, car au lieu d'être l'application vivante
de la sainteté, ils cherchent la critique pour œuvrer dans l'ombre et
cacher leur stature.
Ayant terminé des luttes intérieures, libérés des travaux personnels ils
ne viennent ici-bas que pour aider et prendre la charge des faibles ou
des découragés. Ces hommes, que Sédir dénomme Libres, pouvant commander
aux génies de la terre, deviennent les sacrifiés volontaires : « le plus
grand sera le serviteur de tous ».
Suivre rétrospectivement la vie d'un tel être, c'est pressentir la
véritable beauté, l'incompréhensible effacement du Christ ; saisir le
rôle de Cagliostro par l'Europe, c'est se rendre compte que si sur terre
le Prince de ce Monde est entouré de ses séides, il y a aussi le fils de
Dieu entouré d'envoyés qui agissent pour aider l'homme à vaincre et à
marcher vers le Salut.
Dans ce XVIIIème siècle exacerbé et corrompu il fallait autre chose
qu'un saint, fondateur d'ordre, du reste nous n'en trouvons pas. Mais
comme l'intervention céleste est constante. Cagliostro arrive on ne sait
d'où – d'une île méditerranéenne peut-être – en 1777, c'est un homme
fait, ayant pas mal voyagé déjà.
Sa mission officieuse terminée, il entre dans l'action et aborde un beau
jour l'Angleterre.
Pourquoi ce pays plutôt qu'un autre? - Premièrement parce qu'un
véritable soldat choisit toujours le plus difficile et que dans ce pays
des personnages importants, menaient alors la politique et le mouvement
des idées ; de plus la réaction au régime de Cromwell provoquait
l'amoralité et la débauche qui gagnait l'Europe et dont la France
s'affaiblissait lentement.
En second lieu, parce que le rôle israélite par le monde se prolonge
toujours par la politique de l'An­gleterre, descendante d’une des douze
tribus ; il était donc normal qu'un fils de lumière vienne à l'endroit
le plus complexe et subisse la persécution que Jeanne d'Arc avait subie
et que Napoléon accepterait plus tard.
Entouré d'escrocs et d'aventuriers, Cagliostro se laisse jouer dans une
affaire trouble qui l'entraîne jusque devant les tribunaux: - Mais sa
liberté étant en jeu, il est obligé de repasser la Manche pour continuer
sa tâche !
Le véritable missionné ne fuit jamais la persécution - au contraire -
mais les lois de la terre exclusivement dans le temps nécessitent la
prudence; il faut donc qu'un programme s'accomplisse et « qu'il s'en
aille selon ce qui a été déterminé » : la vie du Christ est comme
toujours le modèle à ce sujet.
La seconde étape se passe en pays Slaves: Courlande, Russie, Pologne,
aux confins des centres, civilisés d'Europe, où la superstition frise la
foi, où le fanatisme touche aux incohérences les plus dangereuses, où
l'attrait du merveilleux entraîne vers les pernicieuses sciences
occultes. Homme d'affaires hier, le « noble voyageur » que nous suivons
ici devient le grand seigneur mondain et subjugue ces esprits encore
jeunes par des faits extraordinaires. Il est reçu aux cours de Mitau,
Pétersbourg et Varsovie ; il pénètre dans les loges maçonniques, alors
déistes et véritablement imbues d'idées humanitaires et grande. – Si le
vocabulaire hermétique est employé par ses lèvres pures, si au cours de
séances : extériorisations, transferts, manifestations de lévitation et
de dédoublement ont lieu, c'est uniquement pour faire avancer les
adeptes qui l'entourent et le vénèrent.
Comme tous serviteurs, Cagliostro se met au niveau de ceux qu'il veut
faire progresser, mais on ressent toujours dans ses enseignements une
inspiration plus haute, ses expériences prouvent que son fluide
magnétique, que les forces qu'il emploie sont d'une essence tout autre
que celles décrites par les occultistes les plus avancés.
Et comme serviteur encore, il dédaigne les succès, les titres,
l'autorité que cette société lui accorde. ­Le champ une fois labouré,
ensemencé est remis dans les mains du Père avec confiance et
l'infatigable travailleur continue sa route.
Il traverse les pays centraux sans s'y arrêter cependant, car
l'adversaire y règne en maitre depuis trois siècles déjà ; passe le Rhin
et arrive à Strasbourg, où il change complètement d'attitude et d'aspect
extérieurs même.
Sur la terre de France la liberté est plus grande et les esprits plus
avides de recevoir la lumière, le mystérieux langage des sciences
secrètes, le merveilleux ne sont plus nécessaires pour convaincre :
c'est le thaumaturge qui agit du matin au soir et souvent du soir au
matin ; sa voiture sillonne les quartiers pauvres ; dans les moindres
demeures il apporte la guérison, des consolations et d'inépuisables
ressources financières.
Sa maison est toujours pleine de malades attendant le soulagement et
d'amis sincères. Extrêmement simple, il mène là une vie de petit
bourgeois et son influence n'en est que plus grande. Rien n'est plus
émotionnant que les passages où le Docteur MARC HAVEN décrit cette
période heureuse, faite d'œuvres mystiques et d'affections, c'est là
qu'il fait la connaissance du fameux cardinal de Rohan.
En 1784, nous le retrouvons à Lyon où l'atmosphère est depuis des
millénaires plus pure que dans bien d'autres cités plus importantes.
Du reste, chacune des étapes, chacune des villes où passe un envoyé de
lumière est un relais spirituel commandant à toute une région.
Si nous pouvions prendre tous les itinéraires d’hommes venant pour le
compte du Ciel, nous verrions que cela forme un même sillage, rayonnant
sur le globe, préfigurant la circulation du Verbe desservie ensuite et
subdivisée par une succession d'agents qui s'ignorent.
Le GRAND COPHTE, comme il va s'appeler en Maçonnerie Lyonnaise, fonde la
loge du « parfait silence », celle-ci devant servir de modèle et en même
temps faire progresser les autres centres spiritualistes. S'il nous
reste des comptes rendus de réunion où le vénérable parlait du passé et
prédisait l'avenir, nous n'avons pas à juger, mais à suivre des
tactiques différentes suivant les milieux où le Maitre guérissait,
consolait, évangélisait en confondant les incrédules.
C'est, du reste, dans le but de toucher le plus de chercheurs possible
que Cagliostro allait dans ces groupements secrets, c'est pour
engranger, le plus rapidement possible les récoltes qu'il quitte Lyon en
plein triomphe, pour aller vers Paris, où l'orage gronde. Il y arrive
quatre ans avant les premières émeutes et là son programme est encore
bien lisible pour nous : donner plus de conscience aux nobles et aux
grands qui s'amusent, sans se soucier de leurs responsabilités et pour
cela être de leur rang ; calmer les petits qui souffrent, en leur
parlant le langage du cœur, joint aux guérisons du corps et de la faim.
On a beaucoup critiqué son hôtel et le train de maison qu'il menait, son
attitude d'inspiré et ses révélations extraordinaires. Mais c'est là ce
qu'il fallait à ce public blasé et jouisseur.
Pour ne pas perdre de temps: il faut pouvoir parler d'égal à égal. Aussi
le Comte de Cagliostro reçoit-il fastueusement ; ami des Rohan et des
plus grands noms de France, il parle à la reine.
L'affaire du collier n'est qu'un détail : accusations, condamnations et
prison même, font partie du calvaire qu'il monte constamment. Pour la
noblesse, il fonde dans le quartier du Marais des loges où l'on parle
d'autres choses que de théâtre et d'intrigues de cours ; autour de
Madame de Cagliostro viennent des Marquises et des Duchesses. C'est la
première fois que des dames forment des loges, mais dans ce XVIIIème
siècle il était urgent de donner des préoccupations morales à la femme,
qui par son influence pouvait alors redresser le courant dangereux.
La France aime et comprend profondément le Maitre et quand l'heure de la
disgrâce sonne, c'est une autrichienne qui le fait chasser.
Marie-Antoinette blessée dans son amour-propre, après l'esclandre du
collier, le force à repasser la Manche, non sans laisser au départ du
bateau une foule d’amis de toutes classes qui ont tenu à suivre leur
bienfaiteur et qui pleurent son départ.
Notre noble et grand voyageur reste quatre ans encore en Angleterre, car
il faut lutter contre les agents chargés d'utiliser et de développer la
révolte en France, et comme le mal gagne il va se donner à l'Inquisition
qui le guette, offrir en holocauste ses souffrances et son sang pour que
la Paix reste encore sur la terre.
Après quelque temps en Suisse, où l'esprit de réforme et le rationalisme
le blessent, il arrive en Italie où le régime de la force, subsistant de
l'égrégore Romain, l'attend.
L'Italie, où les premiers chrétiens abordent pour mourir sous la justice
des Césars, où Pierre et Paul instituent l'Eglise par l’éternel
Golgotha, où la papauté organise au long des siècles la puissance
temporelle la plus forte et cela malgré les efforts mystiques des
St-François, St-Dominique, Savonarole, Ste-Catherine de Sienne et
Ste-Claire !...
C'est au cœur même de ce pays au terrible destin, dans la Rome de
Romulus, que Cagliostro arrive, pour se faire prendre et mettre aux
fers. Là, rien ne lui est épargné, réclusion barbare, souffrances
atroces, trahisons les plus noires, puisque sa femme elle-même le charge
et le vend... humiliation abominable, puisque lui, le pur, est obligé de
faire amende honorable comme un schismatique et un renégat.
Mais comme le forfait est par trop odieux, que des amis le réclament de
tous les coins du monde, que la France vient aux portes de la ville pour
le sauver : il est assassiné après des mois de torture !!... Il serait
vain de s'indigner plus, puisque c'est ici-bas la loi : qu'il faut
comprendre que toute lumière, tout idéal, toute générosité doivent, pour
se faire jour dans le cœur des hommes en évolution, être payés
d'ingratitudes et de sang.
Malheur cependant à ceux qui touchent ou méconnaissent de tels êtres ;
les choses mêmes sont implacablement touchées – la Bastille et la
forteresse de San Léo sont rasées trois ans après la réclusion du Saint
; et les adversaires : juges, tortionnaires, critiques sectaires, pays
même payeront à l'heure des traités qu'ils ont signés en portant la main
sur cet agneau sans tâche.
De cette étude hâtive et maladroite il faut préciser le rôle
compréhensif que la France garde toujours vis-à-vis des envoyés, des
inspirés et des génies providentiels. Soyons fiers de cette nationalité
qui touche aux points les plus hauts de l'évolution sur ce globe, en
attendant d'autres France plus hautes en des mondes meilleurs. Et
remercions surtout le Ciel de mettre ici-bas des êtres aussi grands que
Cagliostro disant de lui-même : Je ne suis d'aucune époque et d'aucun
lieu, en-dehors du temps et de l'espace.