*** ci-dessous "Livres-mystiques".: un hommage à Roland Soyer décédé le 01 Juin 2011

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mercredi 27 août 2014

NEWS : Les cahiers de l’ailleurs

Nouvelle présentation 

« LES CAHIERS DE L’AILLEURS » SE PROPOSE, POUR UN TEMPS OU UNE DURÉE QUI NE LUI APPARTIENT PAS, D’ÊTRE L’ÉCHO VIVANT D’UNE PETITE MINORITÉ DE « CHERCHANTS 

http://www.lescahiersdelailleurs.fr/

mardi 26 août 2014

Un nouveau numéro de "Renaissance Traditionnelle" (n°173-174)

Ce n°173-174 de Renaissance Traditionnelle s’ouvre par un nouvel épisode de la passionnante série de Jérôme Rousse-Lacordaire sur Les métiers de Dieu. L’auteur remet en chantier la problématique si féconde, ouverte il y a quelques décennies, par Jean Hani. Il explore ici la figure de Dieu comme pêcheur. Sa lecture nous a remis en mémoire une anecdote qui nous avait à l’époque marqué, ainsi que les autres personnes qui avaient assisté à la scène. Nous participions à un colloque à la Sorbonne sur les premiers concepts de la théologie chrétienne. Un professeur éminent proposa une communication très documentée fondée sur une analyse des notions par lesquelles les premiers chrétiens exprimaient leurs idées du péché, de la grâce, de l’espérance du salut, etc. L’orateur manifestait une virtuosité intellectuelle et un talent didactique qui faisaient l’admiration de l’assistance. 
À l’issue de l’exposé...suite sur http://www.renaissance-traditionnelle.com/

Pour info.: présentation d'u N° 172 par Pierre Mollier


*** Une pépite
suis en possession de l' ensemble de la collection, possibilité de l' acquérir auprès de la rédaction.
Claude Camille de Bruyères " Le Pélican"

lundi 25 août 2014

En ligne les deux volets d'une table-ronde réunissant Jean-Marc Vivenza, Jean-Pierre Laurant et David Bisson :

Le Règne de la Quantité de René Guénon (1/2)

Le Règne de la Quantité de René
Guénon (1/2)
La crise du monde moderne, ouvrage visionnaire de René Guénon paru en 1927, dénonçait avec virulence cette épidémie galopante, d’autant plus redoutable qu’invisible, celle de l’état d’esprit moderne : une perte des repères spirituels, un engluement croissant dans le matérialisme, une confusion entre le temporel et le spirituel. Pour évoquer en image les choses: tant que le myope n’a pas été placé face à une paire de lunettes, il considère son infirmité comme une chose établie, et bientôt normale. 


… et les Signes des Temps (2/2)

… et les Signes des Temps (2/2)
Ce deuxième volet est la suite du premier. "Depuis le XIIIème siècle, tous les remparts de notre civilisation sont attaqués : Métiers, Arts, Monnaie, Spiritualité" affirme René Guénon dans son ouvrage : le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (Gallimard, 1945). Mais quelles sont les forces en présence ? Comment se mettent-elles à l’œuvre et qui en tient les "manettes" ? Voici la première question que pose David Bisson à nos deux intervenants….. 

samedi 23 août 2014

Magnétisme animal, la sensation infinie















Que la doctrine de Mesmer et des mesmériens soit travaillée de tensions,
de manœuvres d'évitement, de contradictions fécondes, qu'elle cherche
simultanément à découvrir et à masquer, à innover et à protéger, que
tour à tour elle verse le vin nouveau dans de vieilles outres et
choisisse des habits neufs pour des idées anciennes, c'est ce dont on se
persuade en observant la façon dont est déterminé le statut des
phénomènes produits autour du fameux « baquet », puis dans le cadre du
somnambulisme un singulier mouvement, qui n'est pas tant chronologique
qu'idéal, interne à ces œuvres, se laisse alors entrevoir en dépit des
mesmériens, mais sous leur plume, le mesmérisme devient autre chose que
ce qu'il était. C'est ce mouvement qu'il vaut la peine d'essayer de
retracer, en distinguant deux moments la relation de l'universel et du
particulier, qui conduit à conférer au magnétiseur un rôle essentiel la
question de la vérité, qui place la sensation en clé de voûte de l'édifice.

Mesmer débute par l'idée d'un « système d'influences » entre tous les
êtres de l'univers, et comprend la maladie comme la perturbation de
l'équilibre entre l'individu et le Tout. C'est à en analyser les lois et
à en déterminer l'importance quant à la distribution de la santé et de
la maladie qu'est consacrée la Dissertatio physico-medica de planetarum
influxu (1766), soutenue à Vienne devant Van Swieten  1. Il n'y est pas
encore question du magnétisme animal, mais toutes les pierres sont
posées pour la doctrine à venir. Les corps célestes agissent sur tous
les corps de notre planète qui, à leur tour, réagissent sur eux  2.
Cette force [108] universelle, qui est la cause de la gravitation, est
donc aussi celle de tous les phénomènes corporels élasticité des
solides, irritabilité des fibres, etc. elle « s'insinue » dans les
organismes, et affecte particulièrement, électivement pourrait-on dire,
le système nerveux et le sensorium. Comment s'étonner alors, demande
Mesmer, « de l'éventualité d'un trouble généralisé de tout l'organisme »
(p. 41) ? En 1766, avant que Mesmer ne soit encore tout à fait
mesmérien, il nomme « gravité animale » cette force universelle  3. Si
l'on se souvient qu'il définit le magnétisme animal, dans son Mémoire de
1779, comme « la propriété du corps animal qui le rend susceptible de
l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux qui
l'environnent » (p. 77), on conviendra qu'entre les prémisses de 1766 et
la doctrine définitive, il n'y avait qu'un pas.

La manière dont Mesmer le franchit mérite qu'on s'y arrête un instant.
C'est en réfléchissant sur la périodicité d'une affection hystérique,
accompagnée de tous les symptômes ordinaires convulsions, suffocations,
paralysies, douleurs, qu'il conçoit l'idée de faire servir à la guérison
d'une maladie itérative une force dont les effets sont alternatifs. La
gravité animale, en effet, agit sur le corps humain comme une « marée »,
par un mouvement de flux et de reflux la coïncidence de certaines
maladies comme l'épilepsie avec les phases de la lune, la périodicité de
l'hystérie et de l'hypocondrie, fournissent des arguments de poids pour
cette théorie des cycles (p. 41). Le thème était donc disponible pour
son utilisation thérapeutique, et c'est en 1774, selon les dires de
Mesmer dans une lettre à Unzer, que l'application devient effective. «
Je m'occupai pendant tout ce temps à perfectionner ma théorie, et je
parvins enfin à prévoir les rechutes, leurs progrès, leur durée et leur
déclinaison. Je projetai à la fin d'établir dans son corps une espèce de
marée artificielle, au moyen de l'aimant » (p. 50).

La périodicité de la maladie est remplacée par celle, mieux réglée et
bienfaisante, de la force universelle au rythme de la maladie, Mesmer
substitue le rythme régulier de l'influence cosmique l'individu malade
est ainsi replongé dans le mouvement bénéfique du Tout où sa maladie se
résorbe comme d'elle-même. L'évacuation du mal, d'ailleurs, se fait
conformément au modèle que Mesmer prescrit lorsqu'il ordonne la cure à
l'alter[109]nance du flux et du reflux la douleur brûlante que ressent
la malade, au moment de l'application des aimants, monte des pieds
jusqu'aux os iliaques où elle rencontre une autre douleur qui descend
vers elle pour remonter vers la tête Mesmer ne doute pas que ce «
transport de douleur » (p. 51) ne constitue le prodrome d'une guérison
définitive.

Encore faut-il, entre la force universelle, anonyme, et l'individu
malade, un intermédiaire efficace. En 1775, Mesmer confie ce soin à
l'aimant. Mais il ne tarde pas à s'apercevoir que le pouvoir
thérapeutique appartient moins à cette substance elle-même qu'aux
manipulations dont s'accompagne son application (ibid.). Dès ce moment,
il suppose que l'aimant n'agit pas sur les nerfs par une vertu
spécifique, mais en mettant en œuvre une « matière magnétique » très
subtile, analogue au fluide nerveux. Plus rien ne manque pour la
doctrine achevée du magnétisme animal, telle qu'elle est exposée dans le
Mémoire de 1779. Le fluide magnétique, « universellement répandu et
continué de manière à ne souffrir aucun vide » sert désormais de milieu
capable de propager toutes les influences entre les êtres de l'univers
(p. 76). Il n'y a de maladie que si un organisme s'oppose à la libre
circulation du fluide en lui, comme il n'y a de santé que par la
restauration de l'échange harmonieux entre l'Univers et lui un corps
malade est un corps séparé du Tout. Agent universel, le fluide
magnétique assure l'entretien de la santé et la guérison de la maladie.
Entre tant d'autres, relisons ce texte tiré du Mémoire de 1799 « les
lois par lesquelles l'univers est gouverné sont les mêmes que celles qui
règlent l'économie animale. La vie du monde n'est qu'une, et celle de
l'homme individuel en est une particule » (p. 299). Le fluide magnétique
est précisément ce qui unifie le macrocosme et le microcosme il est
l'opérateur de cette unité dont la santé est le signe « Par cette
expression "magnétisme animal", je désigne donc une de ces opérations
universelles de la Nature, dont l'action, déterminée sur nos nerfs,
offre à l'art un moyen universel de guérir et de préserver les hommes »
(Précis historique, p. 93).

Mais le lien entre ce nouvel avatar de la médecine universelle, dont le
rêve hante durablement l'imagination des hommes, et les convulsions
autour du baquet n'apparaîtra pas si l'on ne se souvient que, chez
Mesmer, le dogme de la natura medicatrix se prolonge en celui de la
crise tout symptôme est le signe d'un affrontement entre la nature et le
mal cette lutte est la crise, et, sans elle, aucune guérison n'est
possible « cette loi est si vraie et si générale, que d'après
l'expérience et l'observation, la [110] plus légère pustule, le plus
petit bouton sur la peau, ne se guérissent qu'après une crise » (Mémoire
de 1799, p. 301). Malheureusement, toutes les crises n'opèrent pas la
guérison la nature n'est pas toujours capable de dissiper l'obstacle où
réside la maladie. C'est alors qu'intervient le magnétisme animal comme
auxiliaire de la nature il s'agit de venir en aide à celle-ci en
provoquant les crises salutaires, « de manière à s'en rendre maître »
(Mémoire de 1779, p. 78). Tel est le statut que Mesmer et les mesmériens
confèrent aux convulsions dont sont atteints les « crisiaques » elles
sont le symptôme provoqué d'un paroxysme dans l'affrontement de la force
régénératrice et de la maladie si la maladie résulte d'une négation
interruption de la communication entre l'individu et le cosmos alors il
faut dire que la crise est le moment où la négation se trouve niée.

Le fluide magnétique est une force universelle, et l'homme malade est un
individu. Peut-on se tenir quitte de toute espèce de médiation entre les
deux ? Ne faut-il pas introduire, dans le procès de la guérison, cet
autre individu qu'est le magnétiseur ? Mais son rôle est ambigu dès
qu'on en admet la nécessité, l'on se trouve contraint de lui faire une
plus belle part qu'on ne l'eût souhaité.

Il est sûr, comme l'écrit J. Starobinski, que le rêve mesmérien est « un
rêve de domination »  4 guérir, dans cette acception, c'est maîtriser le
processus thérapeutique. Mais ce rêve, Mesmer voudrait l'accomplir dans
une relation parfaitement impersonnelle il voudrait n'être que l'agent
de transmission d'un pouvoir anonyme. Est-il possible d'en rester là ?
Deslon, l'un des premiers médecins conquis par le mesmérisme, traduit
bien cette difficulté. Citons-le « L'on s'exprime imparfaitement
lorsqu'on dit que M. Mesmer guérit des maladies par la vue ou
l'attouchement. Ici la vue et l'attouchement ne font rien par eux-mêmes
ils sont de simples conducteurs du magnétisme animal. »  5. Rien
d'hétérodoxe dans cette affirmation le magnétisme est en effet
éminemment communicable Mesmer a pratiqué nombre d'« expériences » pour
établir quelles substances, quels milieux, sont bons conducteurs les
glaces le réfléchissent bien, le son le propage et l'augmente en
revanche, certains corps (ils sont rares) font écran à sa bonne
diffusion (Mesmer, p. 77-78). Dans cette opération conductrice, le
magnétiseur est réduit à un simple [111] transmetteur à la limite, une
machine pourrait le remplacer.

Mais poursuivons la lecture du passage de Deslon « principe qui, selon
toutes les apparences, existe dans la nature avec toutes ses propriétés,
mais qui n'agit qu'à l'aide d'une direction particulière ». Le
magnétiseur conduit le fluide. Mais en même temps il le rend actif tant
qu'il n'est pas dirigé, particularisé, le magnétisme existe assurément
mais il n'est pas complètement actif. D'instrument de transmission, le
magnétiseur se mue en instrument d'amplification il fait passer le
magnétisme potentiel et insuffisamment actif au niveau d'une force
pleinement en acte, pleinement agissante. D'abord minimisé, le rôle du
magnétiseur retrouve ainsi une importance primordiale.

Assurément Mesmer tient à souligner l'antécédence et l'indépendance de
la force naturelle, médicatrice, par rapport à l'intervention humaine «
La génération se fait sans système, comme sans artifice. Comment la
conservation serait-elle privée du même avantage ? » (p. 62) et ses
disciples rousseauistes (Bergasse notamment) sauront donner à ce thème
les accents qu'on devine la nature bienfaisante entretient en nous,
sourdement mais certainement, l'harmonie sans laquelle il n'y a pas de
santé demeurons dans le sein de la nature, épargnons-nous l'aliénation
de l'histoire, et nous serons préservés de la plupart des maladies.
Toutefois, peuvent-ils éviter le mouvement dialectique que nous avons
décelé chez Mesmer ? Suivons encore Bergasse « nous n'appartenons
presque plus à la nature », et, parce que nous en sommes séparés, il est
impossible qu'il existe maintenant un seul organisme qui ne soit plus ou
moins altéré  6. Le règne de l'histoire a remplacé le règne de la
nature. Dans celui-ci, la force naturelle et spontanée d'organisation
suffisait à préserver les hommes des maladies dans celui-là, elle n'y
suffit plus la dénaturation dont ils se sont rendus coupables n'était
pas incluse dans les plans de cette sagesse immémoriale la nature « n'a
pu faire entrer dans son plan toutes les erreurs auxquelles notre
volonté mal dirigée dans l'état social a pu donner lieu » (Mesmer, p.
65). L'histoire a défait la nature c'est à elle de défaire ce qu'elle a
défait, et le magnétisme animal doit y servir pour des êtres aliénés,
corrompus, il s'impose comme le seul remède capable de les conjoindre de
nouveau au Tout. On comprend qu'en effet, le magnétiseur ait pour tâche
de rendre actif le fluide sans cette activation, le magnétisme naturel
serait maintenant inopérant.
[112]
 Soit qu'il rende efficace un principe naturel insuffisamment actif,
soit qu'il défasse ce que l'histoire a défait, le magnétiseur est
l'indispensable médiateur entre l'universel et le particulier.
« Système d'influences », le mesmérisme ? Sans doute mais s'il n'était
que cela, il ne se distinguerait pas des autres doctrines
magico-médicales auxquelles, d'ailleurs, les adversaires de Mesmer se
sont efforcés de l'assimiler. Ori ici, l'accent porte finalement moins
sur le Tout que sur le singulier ou plutôt, il se déplace insensiblement
de l'un à l'autre, et probablement en dépit des mesmériens eux-mêmes.
C'est ce mouvement qu'on observe, bien plus nettement encore, lorsqu'on
prend en compte le mesmérisme non plus seulement comme théorie, mais
comme théorie d'une pratique.

Avant tout, dit Mesmer, le magnétisme animal est une pratique, et même «
une pratique très délicate à développer »  7. Doppet, qui rédige un
Traité théorique et pratique du magnétisme animal, assure que « la
pratique peut seule nous conduire à l'intelligence de ce système »  8.
Il est en cela parfaitement fidèle à la doctrine du maître. Mesmer « [le
magnétisme] doit en premier lieu se transmettre par le sentiment. Le
sentiment seul peut en rendre la théorie intelligible » (Précis
historique, p. 103). De la théorie à la pratique, la conséquence n'est
pas bonne le magnétisme animal doit être jugé par l'expérience de la
cure. L'ordre inverse est trompeur, et c'est celui qu'ont suivi tous les
adversaires.

Il faut donc reprendre les choses au commencement et rappeler d'abord la
définition du magnétisme animal c'est « la propriété du corps animal qui
le rend susceptible de l'influence des corps célestes. » (Mémoire de
1779, p. 77). Laissons maintenant de côté la nature de cette influence
et son origine. Le magnétisme animal exprime la capacité d'un organisme
à subir les effets d'un influx mais cette capacité est-elle constante ?
Mesmer est formel, dès 1775 « Dans tous les cas, j'ai vu que la
sensibilité au magnétisme cessait aussitôt que le mal était guéri » (p
52). Puységur, l'inventeur du somnambulisme « magnétique », écrit de
même « Quiconque est en état de santé parfaite ne doit point [113] être
susceptible de l'influence magnétique »  9. En revanche, dans le cas
contraire, la gamme des sensations produites par la magnétisation, est
impressionnante douleur brûlante et déchirante (p. 51), chaleur inconnue
dans les entrailles accompagnée d'une « transpiration de toutes les
parties  10, « resserrement à la gorge », « soubresaut des hypocondres
et de l'épigastre », « abattement », mais aussi « tressaillements ».
Quiconque n'a point vu les convulsions au baquet, ne peut s'en faire une
idée, affirment les Commissaires chargés de l'examen du magnétisme   11
on peut les croire. La sensibilité « magnétique » existe donc entre deux
plages d'insensibilité celle qui précède la maladie et celle qui la
suit. Hors de cette zone nettement délimitée, le magnétisme animal
n'existe qu'à la manière d'une propriété inemployée. D'où vient que le
magnétisme soit ordinairement imperceptible ?
Suivons l'explication de Bergasse « Nos sensations ne doivent pas être
confondues avec les impressions que produisent sur les organes de nos
sens les objets qui nous environnent » (Considérations. p. 107). Les
impressions sont innombrables, la sensation est à chaque instant unique.
Parmi les impressions insensibles qui nous affectent, c'est la plus
forte, c'est-à-dire celle qui intéresse davantage notre conservation,
qui devient une sensation. Elle exprime alors « la différence de l'état
où nous étions avant de l'avoir reçue, à l'état où nous sommes au moment
où nous la recevons » (ibid. p. 108). D'où résulte cette loi de la
perception « sentir n'est donc autre chose qu'éprouver toutes les
différences d'être qui peuvent résulter pour nous de l'action des causes
multipliées qui nous modifient ». On comprend alors que le magnétisme
universel soit normalement insensible lorsque le corps qu'il affecte est
en équilibre, il produit sur lui une impression unique et continuée qui
n'a aucune chance de devenir sensible. L'entretien constant de la santé
se fait sans que nous en ayons la moindre perception, en raison même de
sa constance. En revanche, si l'équilibre cède au déséquilibre,
l'harmonie à la dissonance, un conflit surgit d'où vont naître des
sensations. Car, si le magnétisme universel continue d'agir dans le sens
de l'équilibration, l'individu malade, quant à lui, tend à la
désorgani[114]sation par les mouvements aberrants, désordonnés, qu'il
imprime à son organisme. Assurément, nous sommes là en présence d'une
doctrine dramatisée de la vie et de la mort, comme dans le cas du
vitalisme. Mais on voit que Bergasse inverse résolument les rôles des
protagonistes de ce drame au lieu de faire, comme les vitalistes, du
principe interne l'élément de la réaction vitale, et des forces
extérieures les agents destructeurs, il confère à l'individu la tendance
à la désorganisation, et à l'universel la tendance inverse à la
restauration des équilibres. De cet affrontement résulte la douleur, «
et par la douleur, le Magnétisme universel [devient] sensible, de la
même façon que toute autre force devient sensible quand elle rencontre
une résistance » (p. 110).

La sensibilité, et plus exactement la douleur, acquièrent ainsi un rôle
dont on voit bien qu'il est tout à fait déterminant. La douleur est la «
preuve physique » de l'existence du magnétisme, affirme Bergasse (p.
111). Même s'il y a, selon Mesmer, d'autres preuves, celle-là est en
effet la plus décisive. Car le magnétisme n'existe pour nous qu'en tant
que réalité sentie, éprouvée dans une conscience cénesthésique. Et cette
preuve expérimentale s'accompagne d'un corollaire non moins important
pour la pratique du magnétisme « les êtres malades sont donc les seuls
sujets propres aux expériences qu'il faut faire pour parvenir à
connaître » la réalité du magnétisme. La douleur révèle à la fois la
maladie et l'agent universel des guérisons, l'obstacle en même temps que
le moyen de le franchir. Le sujet malade est porteur d'une double vérité
la sienne (c'est-à-dire sa maladie), et celle de tous, la réalité du
magnétisme. Vérité théorique, le mesmérisme a sa condition de
possibilité dans une sensation il faut qu'il soit vérité sensible pour
parvenir à la lumière. Aussi est-ce par elle que la doctrine doit
commencer. Puységur débute par ces mots le discours qu'il tient à la
séance de fondation de la Société Harmonique des Amis Réunis de
Strasbourg « les effets du magnétisme animal, Messieurs, sont absolument
pour vous comme s'ils n'existaient pas vous ne pourriez regarder
l'explication que je vous en ferais que comme le développement d'une
illusion que bien certainement vous ne partageriez pas »  12. Puységur
commence donc par ouvrir un cabinet où se rendront pendant quinze jours
les néophytes et où ils feront l'expérience du magnétisme. Alors
seulement ils seront capables de recevoir et de comprendre l'exposé
théorique de la vérité.

[115] La sensation comme témoin de la vérité ce thème va donner lieu à
des développements considérables à partir de la découverte fortuite de
l'hypnose ou « crise somnambulique ». Pour reprendre le mot d'un
contemporain de Mesmer, « partisan zélé de la vérité », c'est un « vaste
continent » que met au jour Puységur, en mai 1784, lorsqu'il produit les
premiers cas de somnambulisme magnétique  13. Continent l'expression
était bien choisie pour désigner le nouveau monde qui laisse entrevoir
ses abîmes sous l'ancien et dont les magnétiseurs cherchent, les
premiers, à dresser les cartes.

Ce continent se manifeste par une extension des pouvoirs psychiques.
Puységur, qui ne mène pas loin son effort de théorisation, note tout de
suite que le somnambulisme se caractérise essentiellement par
l'apparition d'un régime de la vie psychique si différent du régime
ordinaire qu'on peut les regarder comme « deux existences différentes ».
Mais l'une est plus vaste que l'autre, « l'état magnétique » englobe
l'état ordinaire dans celui-ci, l'individu ne garde aucun souvenir de sa
crise somnambulique au contraire, lorsqu'il est magnétisé, il se
souvient fort bien de tous les détails de sa vie ordinaire. Surtout,
pendant la durée de l'hypnose, le sujet est capable de « voir »
l'intérieur de son corps, de déterminer le siège de la maladie qui
l'affecte, d'en prévoir le cours et les accidents, et de prescrire les
remèdes qui lui conviennent le malade s'est mué en son propre médecin,
tandis que le médecin est maintenant à l'écoute du récit que le malade
fait de sa maladie, de l'évolution qu'il en espère, des efforts qu'il
accomplit la guérison est une tâche, un travail, dont le soin incombe au
patient il est aidé par la relation qui s'établit entre le magnétiseur
et lui, relation où se conjuguent « l'intérêt » que le médecin trouve en
son malade et la « confiance » que celui-ci a en celui-là  14 sans la
qualité de cette relation, sans une « analogie » entre les deux
individus, la guérison est parfois impossible, en tous cas plus lente  15.
Dans ce processus thérapeutique si insolite, si nouveau, c'est
l'accroissement de la sensibilité qui explique l'amplification de la
[116] conscience. Généralement soucieux d'éviter le facile recours au
surnaturel si tentant en ce cas les magnétiseurs fondent l'autoscopie
des somnambules sur le pouvoir d'un sixième sens ou « sens interne ».
Spontanément, c'est dans la direction d'un sensualisme élargi par un
nouvel instrument, que s'oriente l'explication de ces disciples vraiment
lointains de Locke et de Condillac il est vrai que le sens interne de
ces prudents interprètes ne demeurera pas longtemps à l'abri de
commentaires plus audacieux.

Puységur donne le ton de l'explication sensualiste puisque, en état
magnétique, les somnambules ont d'autres idées, d'autres souvenirs,
c'est qu'ils ont d'autres sensations. Puységur conçoit la fonction de ce
sixième sens un peu à la manière dont Aristote entendait celle du « sens
commun », pour rassembler et unifier les perceptions des cinq autres (Du
magnétisme animal, p. 90).

Beaucoup plus riche est l'analyse que fournit, en 1785, Tardy de
Montravel dans son Essai sur la théorie du somnambulisme magnétique. Lui
aussi parle d'un sens intérieur ou sixième sens. Mais il s'agit là de
bien autre chose que ce qu'entendait Puységur. Le sixième sens de Tardy
est un autre nom pour « l'âme matérielle » ou « instinct ». Il « réside
» dans le système nerveux et plus particulièrement dans le plexus
stomacal où se rassemblent tous les nerfs de l'organisme. Le sens
intérieur est ainsi « au centre de la machine »  16 comment s'étonner
qu'il soit aussi, en quelque sorte, au centre du monde ? Il jouit en
effet d'un double privilège. D'une part, il est capable de recevoir
directement les impressions extérieures, sans l'interaction des sens
spécifiques ainsi le somnambule dont les yeux sont fermés peut voir sans
que sa rétine soit impressionnée c'est par le sixième sens qu'il
perçoit. Et sa perception est d'autant plus vive, d'autant plus
distincte, que les sens sont éteints et que seule veille la sentinelle
intérieure, affectée par des impressions que n'a pas altérées la
médiation de l'organe récepteur et du nerf. Comme l'affirmera Mesmer
dans son Mémoire de 1799, « dans l'état de sommeil [magnétique], l'homme
sent ses rapports avec toute la Nature » (p.315). D'autre part le
sixième sens fournit au somnambule une claire vision de l'intérieur de
son corps. Ou plutôt il permet de voir l'organe malade, comme s'il était
détaché sur le fond d'une [117] existence cénesthésique silencieuse.
L'harmonie des impressions intérieures est imperceptible en revanche la
dysharmonie qu'introduit la maladie ne manque pas d'être perçue par le
crisiaque (Tardy de Montravel, p.52) appliquée à la théorie du
somnambulisme, c'est là la doctrine officielle de Mesmer selon laquelle
la maladie crée les conditions de possibilité de sa guérison.

Investi de ce double privilège, le sens interne des somnambules s'offre
à une vaste carrière. Saint-Martin, Willermoz, les cercles occultistes
qui fleurissent en cette fin de siècle vont se jeter sur la découverte
de Puységur et l'exploiter dans le sens d'une véritable gnose ; on
commentera longuement, à Lyon et à Strasbourg, les « révélations » de
telle somnambule dont la vision s'étend aux mystères les plus reculés.
Il est sûr que l'on ne trouve rien de tel chez Tardy de Montravel, pas
plus que dans le Mémoire de 1799 de Mesmer. Chez l'un et l'autre, au
contraire, l'effort pour insérer la doctrine du sixième sens dans une
physiologie mécaniste est patent. Pour les deux auteurs, il faut à tout
prix éviter de transformer les somnambules en magiciens non seulement ce
ne sont pas des sorciers, précise Tardy, mais ce ne sont « au contraire
que de pures machines » (ibid., p. 53). Quant à Mesmer, au moment
d'aborder les difficiles questions que posent à son physicalisme
convaincu les « faits » du somnambulisme, il réaffirme que « tout est
explicable par des lois mécaniques prises dans la Nature, et que tous
les effets appartiennent aux modifications de la matière et du mouvement
» (p. 309).

Il n'empêche Mesmer et Tardy ne pourront faire que le somnambulisme ne
réintroduise au cœur du mesmérisme tout ce que celui-ci s'efforçait de
maintenir en dehors de lui. « Ce toucher intérieur ne peut se développer
et entrer en action d'une manière sensible qu'autant qu'il n'est plus
étouffé, offusqué par des actions multipliées, confuses et quelquefois
contraires, des sens extérieurs qui perçoivent tout à la fois des
impressions diverses » (Tardy de Montravel, p. 60).

Les précisions mécanistes dont Tardy assortit son analyse seront
finalement de peu de poids face au contraste qu'il établit entre une
connaissance offusquée par le sensible et un savoir libéré. C'est ce
contraste, bien plus que ces précisions, qui passera au premier plan et
qui deviendra l'occasion de prolongements par rapport auxquels la
doctrine des Mémoires de Mesmer paraîtra singulièrement étriquée  17.
Mais on voit que ces prolongements [118] sont inscrits dans l'œuvre de
Mesmer et des mesmériens de la première époque, au titre des tensions
dont elle est grosse. Dès lors que le « système d'influences » qu'est le
mesmérisme a son centre dans la singularité d'un individu dès lors que
toute la vérité de la doctrine se trouve ramassée dans la singularité de
sensations. Il n'est pas longtemps possible d'empêcher que ce ne soit là
l'essentiel. Le devenir et les métamorphoses du somnambulisme au 19e
siècle, jusqu'à sa captation par Freud, ne peuvent évidemment pas être
déduits de l'œuvre des mesmériens. Mais ils y sont esquissés, et c'est
cette esquisse qu'on peut deviner dans le mouvement interne dont elle
est affectée.
FRANÇOIS AZOUVI C.N.R.S. (Paris)

Source forum MMPP MAITRESPASSES
Dés mes premières années spirituelles, je me suis dit :
C' est bien de mâcher à vide que de courir après la matière.
Si Dieu ne pardonnait pas, où en serions nous ?
L' homme est un des attributs de Dieu, c' est pourquoi il est aussi ancien que Dieu, sans qu' il y ait pour cela plusieurs Dieux.
Nous sommes tous veufs, notre tâche est de nous remarier.
Ce n' est que dans la tendance vers notre être que se fait la purification;
tous ceux qui ne la sentent pas n' expient rien, il ne font que se tacher davantage.
Que les hommes sont aveugles de se croire en vie !
Qu' est-ce que c' est que l' homme tant qu' il n' a pas la clef de sa prison ?
Ne mets point ton argent dans une bourse, pour être plus prompt à faire l' aumône.
Ce qui est est plus loin de nous que ce qui n' est pas.
Oh, comme Dieu est petit, pourrait-on dire, il ne fait rien que d' une seule manière.
Les corps sont des êtres de vie ; s' ils étaient des êtres vivants, ils ne mangeraient ni ne mourraient point.
Les hommes font servir le vrai au culte de l' apparence, pendant que l' apparence leur avait été donnée pour le culte du vrai.
Maximes et pensées : Louis -Claude de SAINT-MARTIN (1743-1803)

vendredi 22 août 2014


Fin août, la revue part chez l’imprimeur. Pour l’heure et avant donc de brosser in extenso son sommaire, signalons les noms d’auteurs pour le numéro 5 prévu deuxième quinzaine de septembre. Pour les articles (que nous afficherons plus tard) signalons les sympathiques et fraternelles collaborations de Hans Van Kasteel, d’Adon Qatan, de Xavier Cuvelier-Roy, de François Trojani, de Nicodème et de Gérard Galtier. Dans la rubrique des livres, des revues, etc… celles de Jean-Pierre Giudicelli de Cressac de Bachelerie, de Philippe Marlin, de Denis Andro, de Jean Artero et de Rémi Boyer..

jeudi 21 août 2014

AMADOU et A. JOLY, De l'Agent Inconnu au Philosophe Inconnu,

Paris, Denoël, 1962, La Tour Saint-Jacques, in-80, 262 p.

Il n'est pas nécessaire, on s'en doute bien, d'adhérer à une doctrine 
ésotérique et dogmatique, pour examiner des croyances qui ont joué, dans 
l'histoire de la pensée humaine, un rôle très important. En notre 
époque, où les disciplines occultes sont en train de revivre et même 
d'influencer la science officielle la plus classique, il n'est pas 
superflu de connaître ce dont on parle et qui garde vie. La revue La 
Tour Saint-Jacques, sous la direction de Robert Amadou, s'efforce 
d'étudier scientifiquement ces phénomènes qui relèvent de la psychologie 
collective. Ils sont volontiers condamnés au nom du cartésianisme, à 
tout le moins situés à la partie inférieure de l'échelle des valeurs. 
Quand Molière fait apparaître, dans les Amants magnifiques, en 1672, 
l'astrologue, il le présente hypocrite et fourbe ce conseiller de la 
Cour qui a gagné la confiance de la reine mère, trafique de sa prétendue 
science Molière est un lecteur de Lucrèce et un ami de Gassendi.

Le siècle, illustré par le baron d'Holbach et par Voltaire, ne repousse 
pas, surtout en sa seconde moitié, cette évasion que constitue la magie. 
Un numéro entier de La Tour Saint-Jacques a été consacré, en 1960, à 
l'Illuminisme au XVIIIe s. En 1962, Mme Alice Joly apporte un précieux 
complément à la biographie du Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz et, de 
son côté, Robert Amadou examine l'authenticité de manuscrits attribués à 
Claude [222] de Saint-Martin et publie quelques pensées du Philosophe 
Inconnu.

La lecture du récit relatif aux Initiés de Lyon pourrait surprendre. Des 
bourgeois qui ne veulent plus d'église fréquentent une chapelle obscure 
des gens qui ne veulent plus de rites ni de symboles recourent à 
l'alchimie et à l'hermétisme des gens qui ne veulent plus de mystères, 
plus de voiles s'engagent au secret le plus absolu et viennent 
déchiffrer les messages d'une crisiaque. Ces rationaux, devenus 
francs-maçons, vont chercher au fond des âges les éléments d'un 
mysticisme qui, plus tard, chez quelques-uns d'entre eux, se substitue à 
la raison. La Franc-Maçonnerie mystique est ainsi un ferment de l'ère 
des lumières. Elle utilise, avant le romantisme et le symbolisme, ces 
intuitions et ses présciences. Elle cherche à saisir cette réalité 
invisible qui manifeste sa présence par des rêves et des souvenirs 
involontaires.

En cette époque où Lavater, à Zurich, Swedenborg, en Suède, Mesmer, 
dans toute l'Europe, proposent des moyens de régénérer l'homme et la 
société, Lyon fait réellement figure de capitale européenne de 
l'ésotérisme.

L'initiateur en est un négociant en soieries, Willermoz, disciple 
fidèle, mais incertain du thaumaturge Martinès de Pasqually. Selon le 
Traité de la réintégration des Etres, nous naissons tous prophètes il 
s'agit de retrouver la clé des mystères égarée par les sacerdoces et de 
développer, chez les adeptes, le don de la vision. Tout en gardant une 
structure maçonnique, le mouvement spirituel suscité par Willermoz 
s'efforce de créer un « Christianisme exalté, appelé en Allemagne 
christianisme transcendantal ». Cette religion intérieure, perdue, peut 
être redécouverte dans certaines conditions, par exemple grâce au 
magnétisme, au mesmérisme, au somnambulisme. Les bourgeois lyonnais, en 
particulier les médecins, se livrent à des expériences étranges et 
examinent des cas de guérison. L'un d'eux publie, en 1784, Réflexions 
impartiales sur le magnétisme, animal. Est-ce le marquis de Dampierre ou 
le médecin Gilibert ? Willermoz emprunte cette technique, non pour des 
fins thérapeutiques, mais pour découvrir « ces connaissances précieuses 
et secrètes qui découlent de la religion primitive ». Il a fondé, en 
1779, l'ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte qui est 
devenu le sanctuaire du willermozisme en même temps que la plus 
recherchée des loges lyonnaises. Tous les membres sont peu à peu 
familiarisés avec ce monde surnaturel autant par la pratique des « 
opérations » de Pasqually que par les expériences magnétiques de la 
Concorde, autre temple maçonnique Or, voici que se présente en 1785, un 
Agent Inconnu. Mme Joly a pu l'identifier c'est Mme de Vallière, la sœur 
d'un initié, Alexandre de Monspey.

Cette chanoinesse se propose d'instruire ces mystiques, non pas de 
secrets nouveaux, mais d'un esprit nouveau. II faut leur faire 
comprendre qu'ils n'entrent pas dans une loge banale, mais qu'ils 
reçoivent un privilège sacré, témoignage d'une nouvelle alliance divine. 
Ils doivent régénérer le monde, et la Loge Elue apparaît comme « la 
lumière des derniers temps des nations » (p. 62). Pour enseigner, 
l'Agent ne recourt pas aux batteries en usage dans le cérémonial 
maçonnique et qui sera, au XIXe siècle, l'élégance des guéridons 
frappeurs. Abandonnant cette méthode alphabétique, elle écrit, inspirée 
par une puissance invisible, dans la tranquille retraite de son château 
beaujolais. De 1785 à 1788, 162 messages furent ainsi soumis à la 
sagacité de Willermoz. Mme Joly a retrouvé une partie de ces archives 
willermoziennes qui forment une encyclopédie fantasque embrassant toutes 
les sciences, proposant une liturgie nouvelle.

Les Initiés se réunissaient chaque lundi, en leur siège, dans le 
quartier des Brotteaux. Recruté dans un milieu assez mêlé, mais plutôt 
aristocratique et cosmopolite, sur ce dernier point, la présentation de 
Mme Joly [223] paraît trop brève ils comptent, parmi eux, les princes 
Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse, le baron de Staël, le baron 
von Haugwitz, homme d'Etat silésien et piétiste militant. Grâce à eux, 
Lyon devient « le dépôt et le centre de cette heureuse lumière qui, de 
là, doit se propager dans toute la province, dans toute l'Europe et 
au-delà (p. 47). Malheureusement, l'auteur ne procède guère à l'analyse 
du contenu et se contente de retracer les épisodes qui marquent la vie 
de cet atelier. On aimerait connaître le sens de ces messages, leur 
caractère spirituel, leurs rapports avec la religion traditionnelle et 
avec la pensée du XVIIIe siècle. Ces indications permettraient de 
préciser les croyances de ce milieu lyonnais.

Bientôt, les « ouvriers de la onzième heure » jugèrent que les 
événements attendus ne se manifestaient pas. Sur une suggestion de 
l'Agent Inconnu, Claude de Saint-Martin et le chevalier de Barberin 
recherchèrent en vain le rituel de l'Eglise primitive dans un manuscrit 
grec de Saint Jean Chrysostome. Ces déceptions survinrent en 1786 
précisément au moment où Gilberte Rochette, une autre crisiaque, 
détecte, elle aussi, une théorie initiatique pendant ses « sommeils ». À 
cette date aussi, le banquier strasbourgeois Bernard de Turckheim, un 
des plus zélés partisans de l'œuvre maçonnique de Willermoz, ne partage 
plus l'idéal exprimé par l'Agent Inconnu rassembler tous les chrétiens 
sous la bannière romaine. Ce rêve, celui de Leibniz, provoque 
l'éloignement des protestants alsaciens. Au contraire, le duc Havré de 
Croy et le vicomte de Tavannes adjurent Willermoz de renoncer à la 
séduction des hérésies et de revenir « à la foi de ses pères » (p. 88). 
Quant au Philosophe Inconnu, qui a des talents supérieurs à ceux du 
fondateur de la Bienfaisance, il s'éloigne, lui aussi, de ces émules de 
Pasqually.

Comme dans tous ces milieux maçonniques et occultistes, les querelles 
spirituelles, les méfiances, les dissidences se multiplient. La 
lassitude et les désillusions s'emparent de ces âmes assoiffées de vie 
spirituelle. En 1788, pour le troisième anniversaire de ses messages, la 
chanoinesse suggère la constitution d'un aréopage de sept membres qui 
auraient contrôlé l'action de Willermoz. Le précurseur déchu se voit 
dans l'obligation de contester la validité d'une telle inspiration et 
d'expliquer que le « guide spirituel » peut tomber, lui aussi, dans un « 
chaos obscur ». Brûlant ce qu'il a adoré, déniant toute valeur au 
langage prophétique, Willermoz, toujours soucieux de son prestige 
personnel, conseille d'accorder désormais une confiance conditionnelle 
aux messages de l'Agent, de les considérer non comme l'expression de la 
vérité divine, mais comme des textes à interpréter.

Si Paganucci, le chevalier de Rachais, les Initiés acceptent cette 
recommandation, Mme de Vallière s'estime blessée, d'autant plus que 
Willermoz a accusé le commandeur de Monspey, magnétiseur spiritualiste, 
d'orienter les rêveries de sa sœur. Ces discussions ruinent la foi dans 
la vocation miraculeuse de l'Agent et font de la Loge Elue et Chérie, la 
plus commune des loges. L'agent continue d'expédier des cahiers au 
printemps 1789, au moment où d'autres soucis et d'autres espérances 
s'emparent des adeptes. La Seconde Province, dite d'Auvergne, de l'Ordre 
Templier de la Stricte Observance, compte à peine une centaine de 
membres, une trentaine se rattachent à la Bienfaisance de Lyon. 
Plusieurs siègent alors aux Etats Généraux Milanois, Castellas, le comte 
de Virieu. Toujours en quête de nouvelles expériences, Willermoz tenta 
d'introduire en son temple les questions de brûlante actualité. Il se 
heurta au refus de ses associés et, en 1790, ultime avanie, l'Agent lui 
intime l'ordre de se retirer. (p. 116).

C'est un bilan de faillite que peut dresser l'auteur avant d'examiner 
[224] le cas de Mme de Vallière. C'est une « histoire de folie et du 
genre le plus banal, le plus classique aux yeux des spécialistes ». Mais 
cette initiation correspond à une flambée d'exaltation mystique et 
poétique (p. 151). Cette mentalité de participation, quelque peu 
prélogique, est révélatrice de cette société lyonnaise sous Louis XVI 
les formes de la logique traditionnelle, dérivées d'Aristote et de 
Port-Royal, ne dominent plus le « monde des lumières ». La « psychologie 
des profondeurs », la renaissance des formes irrationnelles 
caractérisent le préromantisme précocement apparu à Lyon. L'apport de 
Mme Joly est appréciable il complète ses travaux antérieurs sur les 
frères Willermoz. Il aurait gagné à être présenté avec plus de netteté 
la typographie est compacte, les chapitres ne sont pas subdivisés, le 
nom de Wilhelmsbad, où se tint le Couvent des Gaules, est régulièrement 
erroné. On regrette aussi une absence d'étude du milieu social les 
francs-maçons ne sont pas présentés, leurs comportements ne sont pas 
suffisamment explicités, les personnages sont trop souvent supposés 
connus. Des notes et des références infra-paginales eussent été utiles 
ainsi qu'une bibliographie pour situer précisément ces mystiques 
lyonnais que l'on suit pendant quelques années seulement sans connaître 
leur formation spirituelle, sans toujours comprendre leurs aspirations 
mystiques ou leurs divergences politico-sociales. L'histoire des 
mentalités ne peut être séparée de l'histoire sociale.

Louis-Claude de Saint-Martin n'est plus véritablement un inconnu Louis 
Moreau, dans le Correspondant de 1846, Jacques Matter sous le Second 
Empire, Papus, au début de ce siècle ont étudié son œuvre. Lors du 
Colloque Voltaire tenu à Genève en 1963 (Actes, p. 254-368), Léon 
Cellier remarquait que Saint-Martin fut raillé à la fois par Voltaire et 
par Chateaubriand et qu'il parvint, comme Rousseau, à réaliser 
l'unanimité des croyants et des incroyants contre lui Parlant de son 
ouvrage, Des erreurs et de la vérité en 1775, le Patriarche de Ferney 
écrit « Je ne crois pas qu'on puisse jamais imprimer rien de plus 
absurde, de plus obscur, de plus fou et de plus sot. » Le livre reflète, 
en effet, l'enseignement du mage Martinès de Pasqually et se dresse 
contre la philosophie des lumières.

Les Pensées posthumes de Saint-Martin confirment sa farouche hostilité à 
l'égard des philosophes de la génération encyclopédiste. Il est 
difficile de connaître la doctrine de ce théosophe Robert Amadou, qui a 
déjà publié une biographie ainsi qu'un choix de maximes de ce mystique, 
aborde ici quelques problèmes d'érudition. Ainsi, Matter attribue un 
introuvable « livre rouge » à Saint-Martin ce serait un recueil de 
pensées commencé en 1767, achevé en 1772, de réflexions d'un disciple 
très soumis de Martinès. La question est compliquée parce que plusieurs 
ouvrages portent ce titre. Il semble que ce cahier fut détruit par 
Saint-Martin en 1792 et que la substance soit passée dans ses autres 
traités.


Matter parle aussi, dans sa bibliographie martinienne, de trois « 
petites pièces » dont Saint-Martin ne dit rien dans son Portrait 
historique et philosophique. L'une d'elles, le Discours prononcé dans 
une Assemblée religieuse n'est certainement pas du Philosophe inconnu. 
D'après un ouvrage de Charles Chassanis, l'auteur serait un prêtre 
professant des maximes analogues à celles des quiétistes et des 
Illuminés. Le Réveil religieux, suivi de cantiques et de stances, n'est 
vraisemblablement pas de Saint-Martin. Il en est de même du Siècle 
nouveau ou l'Espoir des Amis de la Vérité.
[225]
Analysant avec rigueur tous les témoignages relatifs au Philosophe 
Inconnu, Robert Amadou conclut encore par une réponse négative sur les 
quatre livres de Swedenborg annotés par une main inconnue. Saint-Martin 
a lu et médité, critiqué les œuvres du visionnaire, mais n'aurait pas 
consigné ses observations dans les marges mêmes des livres. Il rédigeait 
ses notes sur des cahiers ou sur des feuilles volantes qu'il classait 
ensuite dans des portefeuilles. Autre argument l'écriture des gloses 
n'est pas celle de Saint-Martin. Enfin, Robert Amadou publie, sous le 
titre Varia, trente-deux pensées inédites du Philosophe Inconnu dont 
l'original est perdu, mais dont les copies se trouvent dans le manuscrit 
Watkins « De la perfection corporelle », « Sur la découverte de 
l'Amérique », « Sur la tragédie ». Les essais de Robert Amadou, qui 
complètent ce petit ouvrage, sont un peu disparates et portent sur des 
points particuliers. Ils parachèvent, néanmoins, la figure de celui que 
Joseph de Maistre nomme « le plus instruit, le plus sage, le plus 
élégant des théosophes modernes ».

Louis TRENARD


Source forum MMPP MAITRESPASSES

vendredi 15 août 2014

Une lettre de feu Robert Amadou (1924-2006) adressée à Jacques Bouvier (Librairie du Graal) , libraire bientôt retraité, évoque tour à tour St-Yves, l’AMORC, Mme Renard, St Martin, Philippe Encausse, A Dumas, etc… Elle sera in extenso  retranscrite dans le numéro 5 des Cahiers de l’ailleurs
http://www.lescahiersdelailleurs.fr/?cat=49.

vendredi 1 août 2014

Lyon, le 12/18 août 1821.
J'ai reçu le 8 courant, mon très cher ami et bien-aimé Frère, votre chère lettre du 4, qui répond à la mienne des 5-15 juillet dernier ; j'ai été surpris de la recevoir le 5, jour de la date, car je ne croyais pas Altorff si près de Strasbourg, Je partage bien les nouvelles peines que vous éprouvez pour l'arrangement de vos affaires de famille et les embarras dont vous êtes menacé pour les terminer, par l'avidité d'un avocat qui devient un dangereux conseil. Il est dur quand on a fait les sacrifices que l'amour de la paix nous demandait de se voir arrêter par de nouveaux obstacles imprévus ; c'est ici qu'il faut vous armer de courage, user de toute votre prudence pour lutter efficacement contre les ruses de l'Ennemi du genre humain qui vous suscite de nouvelles persécutions, lorsque vous avez si à coeur de vous rendre tranquille et indépendant ; vos devoirs envers votre famille sont de vrais devoirs d'état, et il faut les remplir.

Suite sur  http://hautsgrades.over-blog.com/