*** ci-dessous "Livres-mystiques".: un hommage à Roland Soyer décédé le 01 Juin 2011

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lundi 14 mars 2011

Guaita m’a procuré le moyen de devenir un dieu !






AU PAYS DES LYS NOIRS
Souvenirs de jeunesse et d’âge mûr(1913)

CHAPITRE PREMIER AU PAYS DES LYS NOIRS

Ce livre, qui englobe les souvenirs d’un quart de siècle, a été composé d’une façon assez inattendue. Le premier chapitre en fut écrit, il y a près d’un an, au monastère d’Hautecombe où, comme le raconte mon précédent volume : Dans la lumière d’Ars, je faisais une retraite de six semaines. C’était alors un article qu’une revue publia et auquel je ne songeais pas à donner une suite.

Ce sont peut-être des lys, dit-il, – mais des lys noirs.

De là le titre de ce livre et l’ extrait ci-dessous

où il relate ses visites à Paris chez Stanislas de Guaïta…

* * * * *

La Gnose, toujours vivante et agissante depuis le premier siècle de l’Église, guettait l’heure favorable pour semer son ivraie dans un terrain aussi propice à son développement. Avoir fait fusionner dans les Loges la postérité d’Hiram avec celle d’Homais et celle de Renan, c’était bien. S’insinuer dans la littérature pour y conquérir une influence et des adeptes, ce serait mieux. Elle n’y manqua pas.

Ce sont quelques-uns de mes souvenirs de cette période que je rapporte ici.

Un des faits caractéristiques de cette époque troublée, c’est que, non seulement dans la littérature, mais dans toute la société, faute d’une doctrine traditionnelle, le sentiment religieux s’égara hors de la voie unique où il n’y avait que l’Église pour avoir mission de le maintenir. Toutes les erreurs et toutes les hérésies reparurent. On se détournait de Dieu et de sa Révélation. Mais plusieurs se réclamèrent des divinités du paganisme grec. Ce morceau de rhétorique papelarde : la prière sur l’Acropole, fut leur Credo. D’autres annonçaient la résurrection du Grand Pan ou adoraient la nature sous la forme d’un vague culte rendu à Isis. Valentin et son Plérôme retrouvèrent des sectateurs. Les théurgies de Porphyre et de Jamblique furent remises en lumière. Des âmes se figèrent dans le Bouddhisme. Il y eut des manichéens qui vantèrent les deux principes et qui offrirent, de préférence, leur encens au dieu noir.

Mais le plus grand nombre oscillait d’une croyance à l’autre, mu par l’intuition que les hypothèses, données arrogamment par la science matérialiste pour des certitudes, ne suffisaient pas à expliquer l’énigme du monde. Tous, mais ceux-là surtout qui cherchaient, avec anxiété, une conviction, devinrent des proies empressées à se prendre aux gluaux de l’occultisme.

Deux livres marquèrent cette préoccupation des choses invisibles. L’un, de M. Jules Bois, s’intitulait : les Petites Religions de Paris. C’était une enquête assez bien faite sur les cultes hétérodoxes qui se pratiquaient çà et là dans la Grand’Ville. Pour la première fois, si je ne me trompe, le mot l’Au-delà, qui fit fortune depuis, y était employé.

On remarquera, en passant, qu’il dut sans doute sa vogue à son imprécision. En effet, il semblait propre à remplacer le seul mot qui eût convenu, celui de Surnaturel.

Mais voilà : ce dernier paraissait trop net ; il était clair et ne souffrait pas l’équivoque. Il impliquait, en somme, l’aveu que quelqu’un existait en dehors et au-dessus de la nature telle que l’orgueil humain l’acceptait. À ce titre, il gênait, d’autant que, depuis plus d’un siècle, la majorité des savants ne cessait d’enseigner que le Surnaturel n’existe pas.

L’Au-delà, au contraire, cela demeurait vague ; cela pouvait signifier un ensemble de lois naturelles, encore peu spécifiées et dont l’action ne tombait pas, d’une façon immédiate, sous les sens. On voulait bien excursionner à travers le mystère. Mais on préférait ne pas courir le risque d’y rencontrer ce Dieu du christianisme auquel on s’efforçait de ne plus penser. C’est ainsi que Celui qui ne veut pas servir mit si facilement sa griffe sur des âmes avides de plonger dans l’Inconnu.

Ce terme, incorrect mais élastique, l’Au-delà, désigna donc, à la satisfaction générale, la région confuse où tâtonnèrent, inconscients du danger qu’ils couraient, les blasés de la pensée qui cherchaient un frisson inédit, les myopes du spiritisme, qui prennent pour des anges de lumière des esprits ténébreux venus de très bas, et les naïfs qui s’imaginaient ne céder qu’à une curiosité d’ordre scientifique.

Le vieux serpent avait donc réussi, une fois de plus, à se dissimuler dans cet occultisme qu’on peut parfaitement traduire par cachette. Dès lors, ses préceptes, captieux en leur obscurité, infestèrent, à la faveur de maintes équivoques, les intelligences et les sensibilités. Car, comme le dit la scolastique : Obscuritate rerum verba saepe obscurantur.

L’autre livre, ce fut celui d’Huysmans : Là-bas. Il ne s’agissait plus ici d’un reportage plus ou moins sceptique et rédigé avec le souci de ne froisser personne. L’ineptie orgueilleuse du matérialisme était nettement dénoncée. Au point de vue de l’histoire comme au point de vue de l’expérience personnelle, le Surnaturel démoniaque était affirmé, défini, étudié avec minutie, décrit en ses manifestations contemporaines. On avait sous les yeux la relation véridique d’un voyage au pays du maléfice et du sacrilège. Un style âpre, brutal, imprégné de couleurs violentes, évocatoire au possible en son incorrection, donnait un intense relief aux découvertes de l’explorateur.

Le retentissement fut énorme. Mais, résultat qu’on aurait pu prévoir, les snobs de l’occultisme comme les chercheurs de sensations extrêmes n’y trouvèrent qu’un motif de s’affriander aux messes noires et aux ordures du succubat. Huysmans, il est vrai, opposait, d’une plume déjà presque catholique, les blanches splendeurs de la Passion aux flamboiements fuligineux des tumultes diaboliques. Peut-être aussi avait-il cru mettre en garde contre les périls encourus par ceux qui tenteraient d’aussi sombres expériences. Quoi qu’il en soit, son livre ne fit guère qu’accroître la vogue de l’occultisme.

Je me trompe, car je sais au moins une conversion déterminée par la lecture de Là-bas. Le converti me disait il y a trois ans : « Huysmans me fit croire à l’existence du Démon. J’en conclus : si celui-là existe, l’Autre doit exister également. Je priai – et, par un détour fort imprévu, la Grâce me toucha ».

De fait, c’est aujourd’hui un excellent catholique.

* * * * *

Voici maintenant de quelle façon je fus, moi-même, porté à expérimenter les ivresses troubles et les dangers de l’occultisme. Par nature, je n’y étais guère enclin. Je ne fus tout d’abord pas de ceux qui répétaient passionnément les vers de Baudelaire :

Nous nous embarquerons sur la mer des ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager ;
Entendez-vous ces voix charmantes et funèbres
Qui chantent : – par ici, vous qui voulez manger

Le lotus parfumé, c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim,
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette fin d’après-midi qui n’aura pas de fin…

Mais dénué de toute éducation religieuse, attiré, comme la plus grande partie de ma génération, par ce qui avait couleur de mystère et d’imprévu, quand l’occultisme envahit la littérature, je fus entraîné après bien d’autres.

Lorsque, par suite de circonstances providentielles, je me ressaisis, le mal était fait. Et c’est pourquoi, certes, durant des années, je m’acharnai à miner, avec une morne fureur, le roc inébranlable sur lequel Dieu a bâti son Église.

Nous avions fondé diverses revues : l’Ermitage, la Plume, Le Mercure de France où les plus militants de la jeunesse littéraire ferraillaient pour le triomphe de l’esthétique symboliste. Beaucoup sont morts de ces chevaucheurs de chimères. D’autres ont désarmé de bonne heure et sont devenus épiciers ou magistrats. Deux adoptèrent la profession d’académicien : l’un, tel qu’en songe, s’assit au bout du pont des Arts ; l’autre, récemment défunt, installa ses sourires pincés chez M. de Goncourt. Certains tournèrent mal. Celui-là, par exemple, qui, se reconnaissant fils de Lilith et de Pécuchet, s’abreuve d’un horrible mélange de Quinton et de Nietzsche, brode d’antichristianisme bêta des pornographies gourmées et publie, deux fois par mois, les Lettres d’un Satyre.

La Plume réunissait, chaque samedi, dans le sous-sol d’un café de la rive gauche, bon nombre de ces poètes. Le local consistait en une cave assez exiguë où l’on s’entassait parfois deux cents. Là, se succédaient, sur une estrade flanquée d’un piano fourbu, toutes sortes de personnages plus ou moins notoires, plus ou moins talentueux. Des compagnons anarchistes préconisaient, en des couplets à la dynamite, le chambardement universel. Des néophytes du lyrisme psalmodiaient, en chevrotant d’émotion, leurs premiers vers. Des chansonniers, descendus de Montmartre, accommodaient le régime à la vinaigrette. Il y avait des mystiques maigriots qui se disaient fils des anges et portaient leur petit chapeau rond comme une auréole. Il y avait des néo-païens qui invoquaient les Muses et ne juraient que par Dzeus et Aphrodite. L’un est devenu commissaire de police ; les autres sont morts ou tout comme. Il y avait de griffonnants Américains ou Flamands blondasses venus de Bruges-la-Morte ou de Chicago-les-cochons dans le but imprévu de réformer la prosodie française.

Il y avait… Que n’y avait-il pas ?

Ce souterrain, embrumé par les vapeurs bleues essoufflées des pipes et des cigarettes, c’était une cuve où bouillonnaient les éléments les plus disparates : de la jeunesse exubérante, et plus naïve qu’on n’aurait pu le croire à entendre le ton des conversations ; du snobisme émoustillé par toute extravagance nouvelle ; de l’esprit de révolte contre les préjugés, contre les conventions sociales, contre les formules de l’art officiel ; de la bohême insouciante ; un grand débraillement de mœurs ; deux ou trois ratés, verts d’envie et de rancune ; des écrivains et des peintres de valeur qui, jaillis de cette étrange caverne, marquent à présent, dans les lettres et dans les arts.

Ce qui soulignait le caractère hétéroclite de ces réunions, c’est que des célébrités consacrées par le succès s’y risquaient quelquefois : Coppée, Heredia, Puvis de Chavannes, d’autres encore. Accueillis avec courtoisie, ils laissaient bientôt de côté l’air gêné qui les faisait d’abord ressembler à des dompteurs novices pénétrant à regret dans une cage habitée par des fauves. Ils se mettaient à l’unisson de la gaîté générale.

Mais on aurait tort de supposer que dans ce cénacle ne se perpétraient que des mystifications combinées pour « épater le bourgeois ». Sans doute il y avait bien des ruades et des pétarades de poulains adolescents, heureux de bondir, sans frein, dans les prairies ensoleillées de la littérature. Cependant on aimait sincèrement la beauté. Aussi quand quelque poème de large envergure déployait ses ailes chatoyantes sous la voûte enfumée, les cœurs battaient d’une noble émotion. Et il ne mentait pas toujours le : Tu Marcellus eris qu’on décernait au triomphateur du moment.

Parmi tous ces poètes, parmi tous ces artistes en quête d’un Idéal et dont la plupart étaient plus étourdis que pervers, l’occultisme rôdait, s’ingéniant à conquérir des âmes. La profonde ignorance religieuse qui caractérisait ce temps – comme il caractérise le nôtre – favorisa ses menées (Il faut pourtant mentionner que sortirent de ce milieu : deux tertiaires franciscains, un oblat bénédictin et même un bon prêtre. Spiritus flat ubi vult).

Un certain docteur E…, qui s’affublait d’un pseudonyme en us, tournait autour de ceux qu’ils jugeaient susceptibles de procurer un talent d’avenir à la Gnose. Jeune encore, déjà bedonnant, le teint coloré, une barbiche bifide, des cheveux noirs en brosse, des yeux fureteurs, un rire jovial – il offrait l’apparence d’un commis voyageur plutôt que celle d’un mage. Il se montrait pourtant aussi instruit qu’aimable. Il offrait volontiers des consommations. Il guettait la minute propice. Et quand l’alcool avait fait son œuvre perfide dans quelque cerveau facilement inflammable, il émettait des propos mystérieux, mi-plaisants, mi-troublants, qui éveillaient fortement la curiosité d’interlocuteurs déjà férus de surnaturel.

Très adroit, très fin, il faisait scintiller sourdement, comme les gemmes d’une bague à son doigt, les yeux de l’antique Nahash, ou bien il répandait une poussière d’étincelles sur le voile d’Isis. Puis d’un calembour ou d’une gaudriole, il semblait rayer ce qu’il venait de dire.

Si l’on insistait pour en apprendre davantage, satisfait d’avoir amorcé sa pêche future, il se dérobait par quelque quolibet.

Mais le souvenir de certaines phrases impressionnantes persistait chez les esprits rêveurs. Ils y pensaient longuement et, la fois suivante, ces victimes déjà éblouies, ramenaient, d’elles-mêmes, la conversation sur le sujet qui les attirait comme le miroir attire les alouettes. Elles demandaient que le tentateur consentît à leur donner des explications plus étendues sur une doctrine où elles subodoraient un arôme de voluptés rares, d’ordre intellectuel ou sensuel – en tout cas, fermées au vulgaire.

Lui précisait alors un peu ses enseignements : il montrait de loin les pommes d’or qui mûrissent aux branches de l’arbre des sciences maudites. – Si l’on manifestait l’envie de les cueillir, il corroborait sa séduction par l’octroi de brochures d’occultisme élémentaire et par le service gratuit de ce néfaste périodique l’Initiation.

C’est ainsi que plusieurs furent entraînés. Jusqu’où ?… Vous le savez aujourd’hui, pauvres âmes englouties dans les ténèbres irrémédiables !

Le docteur E… n’est pas le seul à poursuivre cette œuvre de perdition. Actuellement, des gens bien renseignés savent, de façon certaine, qu’il existe des médecins qui abusent de leur ministère pour propager, dans leur clientèle, les dangereuses aberrations de la Théosophie…

Cependant ce ne fut pas le docteur E… qui m’amena, d’une façon directe, à franchir le seuil des paradis menteurs de l’occultisme. Je causais volontiers avec lui. Je l’écoutais avec intérêt, surtout lorsqu’il me commentait les symboles hermétiques du panthéisme, car j’étais alors très épris de cette doctrine.

Mais quoique l’Initiation me fût régulièrement envoyée, je ne la lisais guère. Et je refusai de suivre un cours d’occultisme où l’on distribuait des diplômes qui conféraient graduellement des dignités dans la Gnose. – Cela non par méfiance, mais parce que, fou d’indépendance et de poésie primesautière, je répugnais à m’enclore dans une secte.

Quand il entreprenait des imaginatifs de caractère faible, le docteur E… ne tardait pas à les mettre en rapport avec son émule en maléfices, Stanislas de Guaita.

Il manœuvra de la sorte pour égarer le poète Édouard Dubus. Celui-ci était un véritable enfant, spirituel au possible, fort instruit, bon, serviable, doué d’un gracieux talent. Mais il ne possédait nulle volonté. Aimé de tout le monde, dans tous les mondes, y compris le demi, il ne savait par résister aux impulsions de sa nature ardente. Malgré un grand fond de mélancolie – ce spleen rongeur dont toute notre génération a souffert – il prétendait ne concevoir l’existence que comme une farce infiniment drolatique. Aussi, lorsqu’une sottise lui paraissait amusante à commettre, il n’y allait pas – il y courait. Avec cela, très curieux d’occultisme et très porté, sous un scepticisme de surface, à s’engager dans les halliers du surnaturel, pourvu qu’il y trouvât quelques églantines à cueillir.

Hélas, à quelle mort affreuse le conduisit ce penchant !

Dubus méditait alors d’écrire un drame en vers qui aurait eu pour principal personnage Apollonius de Tyane, le thaumaturge pythagoricien dont les prestiges équivoques suscitaient l’admiration des païens au premier siècle de notre ère.

Il en parla au docteur E… qui, saisissant l’occasion, lui proposa de l’aboucher avec Stanislas de Guaita. Celui-ci détenait, disait-il, des documents dont Dubus pourrait tirer le plus grand parti. Cette invite fut accueillie avec empressement par le poète.

Le lendemain du jour où la première entrevue avait eu lieu, Dubus vint chez moi. Nous étions fort liés et nous passions rarement quarante-huit heures sans nous voir. J’étais au courant. Je savais que de Guaita était tenu pour un maître de l’occultisme, mais je ne le connaissais que par deux de ses livres : Rosa mystica, titre sacrilège, étant donné ce que contenait ce recueil de vers, et Au seuil du Mystère, introduction à l’histoire de la magie noire.

Lorsque Dubus pénétra dans le petit appartement de la place de la Sorbonne que j’occupais à cette époque, je fus surpris et presque effrayé en constatant à quel point les traits de son visage étaient altérés. D’habitude, il avait le teint assez pâle. Mais, cette fois, il était plus que pâle : il était livide. Un éclat fiévreux vitrifiait ses prunelles que me parurent élargies. Son regard, d’ordinaire si franc, fuyait le mien ; il errait çà et là sur les objets sans s’y poser.

En proie à une agitation singulière, le poète allait et venait à travers la chambre, se laissait tomber sur le divan pour se relever aussitôt, se figeait soudain dans une attitude de stupeur pour reprendre, trois secondes après, sa déambulation saccadée. Ses mains se crispaient au dossier des chaises, puis se portaient à son front et le balayaient comme pour chasser une pensée importune.

– Assieds-toi donc pour de bon, lui dis-je, et tiens-toi tranquille. Je ne t’ai jamais vu aussi énervé. Tu as une mine de déterré ; est-ce que le fameux Guaita t’aurait fait boire ?

Je n’en croyais rien, car Dubus était très sobre, mais il me semblait si étrange, ce matin-là !

– Non, non, me répondit-il, je n’ai pas bu : tu sais bien que je ne bois jamais… Seulement de Guaita m’a fait une telle impression que je ne m’en puis remettre… Nous avons causé toute la nuit ; c’est un homme extraordinaire.

– Tant que cela ? Mais enfin que t’a-t-il raconté ? A-t-il évoqué devant toi l’ombre d’Apollonius afin que ce doux sorcier te documentât lui-même ?

– Ne plaisante pas. Ce fut très sérieux, cet entretien. Guaita m’a ouvert des horizons superbes.

Et, les yeux fixes, le torse tout à coup raidi, l’index dardé vers le plafond, il ajouta d’une voix rauque, qui n’était plus la sienne :

– Guaita m’a procuré le moyen de devenir un dieu !

Je tressaillis. Dans toute autre circonstance, j’aurais peut-être ri de cette phrase extravagante. Mais il y avait quelque chose de si anormal chez Dubus, une telle expression d’orgueil triomphant se marquait dans toute sa physionomie, que je ne me sentis nullement enclin à le railler.

Et puis, dans nos réunions de jeunes écrivains affolés par le mégalomane Nietzsche, qui nous invitait à nous hausser jusqu’au surhomme, nous nous étions si souvent écriés avec Musset : Qui de nous, qui de nous va devenir un dieu ? Tant de fois le démon de la gloire nous avait chuchoté, aux heures où l’on croit si fort en soi-même qu’il semble qu’on va se heurter la tête aux étoiles : Eritis sicut dei !…

Loin donc de m’égayer, je repris tout mon sérieux et je pressai Dubus de s’expliquer davantage.

Guaita, me dit-il, m’a d’abord invité à lui exposer les raisons de ma prédilection pour Apollonius. Quand je lui eus confié à quel point le surnaturel m’attirait, quand je lui eus révélé mon ambition de créer, d’après ce maître des mystères, une figure qui dominerait notre temps, il m’a d’abord répondu, sans avoir l’air d’y tenir, qu’il pourrait peut-être me venir en aide. Puis il a gardé le silence pendant plusieurs minutes. Moi, j’ai repris la parole, et tandis qu’il me fixait d’un regard aigu qui me traversait la tête, je me suis épanché en un flot d’aperçus touchant la composition de mon drame. Tu me croira si tu veux : à mesure que je parlais, des scènes dont je n’avais eu aucune idée jusque là naissaient en moi et je les décrivais aussitôt. Des vers imprévus me jaillissaient de la bouche. Mon drame prenait une ampleur, un relief, une splendeur inouïs. Mon don d’invention s’était tout à coup décuplé. C’était comme si un être nouveau s’était éveillé en moi pour me dicter des pensées magnifiques. Et je me sentais indiciblement fier du génie dont je venais de prendre conscience en cette explosion de mon âme.

Tout à coup, ce fut comme si un mur de glace se dressait pour faire obstacle à ma course dans l’Idéal. La fête éblouissante allumée dans mon cerveau s’éteignit comme une bougie qu’on souffle. Je m’interrompis au milieu d’une phrase. Plus de mots, plus d’idées ! Je restai hébété, balbutiant, pendant que Guaita ne cessait pas de m’observer froidement.

– Eh bien, dit-il, qu’attendez-vous ?… Continuez, vous m’intéressez beaucoup.

– Je ne trouve plus rien répondis-je.

Un mouvement de désespoir me saisit, car il me semblait que je ne trouverais plus jamais rien !

– Ah ! C’est fini, m’écriai-je, mon drame vivait devant moi ; maintenant, il est mort. Et je sens que je ne me rappellerai même plus un seul des vers que je viens d’improviser d’une façon si surprenante.

– Si, reprit Guaita, vous vous rappellerez tout. Et je m’en vais vous dire comment…

Ici Dubus s’arrêta net. Très étonné, je l’invitai à poursuivre. Mais il s’y refusa obstinément. Il allégua, pour motif de son silence, que Guaita lui avait fait promettre de garder le secret sur le philtre qui faisait déborder dans les âmes les sources d’un génie surhumain.

– Mais, conclut-il, il ne tient qu’à toi de le connaître. Viens chez de Guaita. Il désire beaucoup te voir et il a fort insisté pour que je t’amène à lui.

Je ne dis pas non, répondis-je, car je flaire là du nouveau et, n’est-ce pas, comme Baudelaire, nous plongerions volontiers

Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau !…

– Certes, reprit Dubus ; quant à moi, le sphinx m’a livré son énigme, désormais j’incarne Apollonius de Tyane. Son essence divine vit en moi. Mon âme a conquis des ailes et elle monte dans l’infini, car Guaita m’en a livré la clef…

* * * * *

Je ne me doutais pas alors de quelle nature était le philtre, qui, loin de lui ouvrir les portes de l’infini, devait très vite faire descendre mon ami au sépulcre par une spirale d’horreur et d’abjection.

Toutefois, à la réflexion, je résolus d’abord de ne pas aller chez de Guaita. Ma raison me faisait pressentir qu’il y avait là un danger.

Je ne craignais pas pour mon âme, car je n’avais pas la foi et il m’importait peu que l’Église mît ses fidèles en garde contre l’occultisme. Mais je redoutais une influence virulente sur mon imagination et ma sensibilité. Il y avait bien du louche dans ce que j’avais appris déjà par le docteur E… Aussi, je me méfiais.

Mais ensuite je me remémorai les termes dont Dubus s’était servi pour me peindre la puissance de création poétique qui avait germé en lui au contact du théosophe. Le désir grandit en moi de connaître des joies analogues.

– Qui sait, me dis-je, si ce personnage – peut-être inoffensif, après tout – ne saura pas m’inculquer cette énergique confiance en soi-même dont j’ai vérifié les effets sur Dubus ? Et puis Dubus, emballé comme il l’est, par nature, a sans doute exagéré. Je puis toujours aller chez de Guaita en observateur attentionné à mettre les choses au point. C’est tentant !

Ce dernier prétexte me décida. Cependant, j’y insiste, tandis que je me rendais chez de Guaita, en compagnie de Dubus, je sentais que j’avais tort. Ma conscience me murmurait que je faisais mal ; mais sans l’écouter, je me forçais à mal faire.

Dans le plus pénétrant de ses contes : le Démon de la perversité, Edgar Poe, ce voyant, a décrit, d’une façon incisive, cet état d’âme. Il a montré comment telles circonstances se produisent où celui que ne garde pas la prière court à sa perte, le sachant et ne voulant pas réagir…

Le rez-de-chaussée où habitait de Guaita se trouvait dans une rue tranquille et voisine de l’avenue Trudaine. Chemin faisant, j’interrogeai de nouveau Dubus sur cette « clef de l’infini » dont il gardait si jalousement le secret. Il se déroba par des phrases évasives. Ce soir-là, du reste, il était taciturne et semblait possédé d’une idée fixe.

Quand nous eûmes sonné, de Guaita lui-même vint nous ouvrir, une lampe à la main. Les paroles de présentation et d’accueil échangées, il nous fit entrer dans son cabinet de travail. Cette pièce était entièrement tendue d’étoffe rouge au plafond comme aux murs. Une grande glace, d’une limpidité parfaite, surmontait la cheminée. Au-dessus du bureau, chargé de livres et de papiers, une belle gravure reproduisait le Saint Jean-Baptiste de Vinci et son sourire énigmatique. Comme meubles, quelques fauteuils moelleux et un large divan oriental qui régnait tout le long d’une des parois.

Tout en causant, j’étudiais de Guaita. De taille moyenne, le corps enveloppé d’une robe de chambre quelconque, il retenait l’attention par trois particularités de sa physionomie. Encadré d’une barbe d’un blond pâle qui se terminait en pointe, son visage était d’une pâleur cadavérique : il semblait que le sang n’avait jamais rougi ses pommettes terreuses. Sa bouche, mince comme une estafilade de sabre, offrait des lèvres d’une coloration de violette délavée, presque mauve. Ses yeux, bleu faïence, dardaient ces regards acérés dont Dubus m’avait parlé ; ils trouaient comme des vrilles. Je remarquai que les pupilles en étaient extraordinairement dilatées.

La conversation, en cette première rencontre, fut d’abord assez banale. Dubus se taisait presque tout le temps, mais il était nerveux et semblait attendre quelque chose. Guaita, fort courtois d’ailleurs, se tenait sur la réserve. Moi, je me sentais mal à l’aise et, détail qu’il faut retenir, quoique la température fût très douce, j’avais froid, physiquement froid, surtout aux mains, comme si je les avais tenues dans l’eau glacée.

Naturellement la littérature fut mise sur le tapis et de Guaita me demanda si je travaillais à un livre en ce moment. Je lui dis que je composais des poèmes d’amour. – C’étaient ceux qui furent réunis depuis sous le titre : Une belle Dame passa. J’étais alors très épris de la personne qui les motiva – sans, du reste, être payé de retour.

Peut-être parce que ce déboire m’affligeait fort et qu’il me soulageait de l’exprimer – ou pour toute autre cause – ma gêne disparut soudain pendant que je parlais de mes vers. Bien plus, quoique nos relations toutes récentes n’autorisassent pas de confidences aussi personnelles, j’analysai mon chagrin devant Guaita et j’ajoutai même que je n’espérais guère attendrir la rebelle.

Pourquoi me livrais-je de la sorte ? C’est que je ne sais quelle force me poussait à lui dévoiler mes pensées les plus intimes. On eût dit qu’il les tirait hors de moi, qu’il les dévidait, à la muette, comme le fil d’une bobine.

– Oh ! dit-il très simplement, quand je me tus, assez ébahi de ma confiance impromptue, il y aurait sans doute un moyen de vous faire aimer d’elle.

– Vraiment ? m’écriai-je, mi-sceptique, mi-convaincu.

– Nous en recauserons, car je pense que vous me ferez le plaisir de renouveler cette visite.

Conquis par sa quasi-promesse d’aider l’amoureux en panne, j’allais répondre par l’affirmative quand Dubus se levant, tout d’une pièce, demanda à passer dans la chambre à côté.

– Allez, cher ami, dit Guaita, vous trouverez sur la table tout de qu’il vous faut.

Il ne bougea pas de son fauteuil. À peine s’il esquissa un geste pour accompagner sa phrase. Mais un léger sourire, où je crus démêler une nuance de triomphe, voltigea sur ses lèvres.

Par politesse et voyant son calme, je n’osai poser de question. Cependant mon malaise revint et s’accrut encore quand Dubus rentra, les yeux embrasés de cette même flamme d’orgueil qu’ils irradiaient naguère, place de la Sorbonne.

Guaita ne parut pas s’en apercevoir. Mais moi je n’y pus tenir. Un trouble grandissant m’envahissait. Sous un vague prétexte de rendez-vous ailleurs, je pris congé en quelques mots rapides, non sans avoir acquiescé quand Guaita, ne témoignant aucune contrariété de ce départ à peine correct, insista pour que nous nous revissions à bref délai.

Je m’en allai par la ville, plein de réflexions confuses où prédominait l’idée que l’occultiste servirait peut-être ma passion malheureuse.

C’est pourquoi ma seconde visite suivit bientôt. Guaita me reçut avec la même courtoisie que la première fois. Mais il semblait avoir oublié l’espèce d’engagement qu’il avait pris. Malgré mon impatience, j’attendis pour le lui rappeler qu’un détour de la conversation nous y amenât. Il en était bien loin : il me parlait d’un écrivain qui s’était récemment converti au catholicisme après avoir longtemps publié des livres où l’Église était étrangement méconnue. Pour qualifier cette évolution, il employa des termes haineux, presque grossiers, ce qui me surprit chez un homme d’ordinaire si mesuré. Ce fut violent au point que je me sentis choqué, non tant par l’âcreté des sentiments exprimés que par la vulgarité des mots qui les traduisaient.

De Guaita s’en aperçut et rompit tout de suite le propos. Il remarqua que j’examinais, par contenance, une statuette d’Isis en or qui scintillait sur son bureau.

– Avez-vous lu ce qui est écrit sur le piédestal ? me demanda-t-il.

– Non, répondis-je.

– Eh bien, voyez.

Je me penchai sous la lampe et je lus : I.N.R.I.

– Tiens, dis-je, c’est curieux… L’inscription placée, par ordre de Pilate, au-dessus de la tête du Christ en croix. Je ne vois pas trop ce qu’elle fait sous les pieds d’Isis.

– Je vous l’expliquerai plus tard, reprit de Guaita, quand nous serons plus liés (Il ne me l’expliqua pas ; on verra pourquoi. Mais j’ai appris, par la suite, et dans d’autres conditions de vie, le sens sacrilège du titre de la Croix dominé par Isis. Le voici : Igne Natura Renovatur Integra. Quant au commentaire gnostique, je ne le donnerai pas ici. A porta inferi, erue nos, Domine !)

Je n’insistai pas, d’autant que je cherchais toujours un joint pour aiguiller la conversation dans le sens qui m’intéressait. Je ne trouvais pas. Alors je me décidai à entrer en matière sans autre préparation.

– Si je vous ai bien compris, l’autre soir, dis-je, vous seriez à même de me fournir des arguments pour convaincre la personne dont je vous ai parlé ?

Il eut son sourire ambigu : – Mieux que des arguments, me répondit-il, nous en causerons tout à l’heure… Mais si nous prenions d’abord un peu de champagne ?

Sans attendre ma réponse, il passa dans la pièce à côté et en revint aussitôt avec deux coupes et une bouteille toute débouchée.

Cette particularité aurait dû me mettre en défiance, puisque, d’habitude, on garde la champagne clos sous sa capsule dorée jusqu’au moment de le verser. Mais j’étais si loin de soupçonner que Guaita pût avoir préparé ce liquide pour m’entonner quelque drogue occulte !

Il remplit les coupes et, me saluant de la sienne, il la porta à ses lèvres.

Quoique n’aimant pas ce vin tapageur, que je ne sais plus qui appelait « un coco épileptique », je l’imitai.

À peine avais-je avalé deux gorgées qu’un arrière-goût d’amande amère m’emplit la bouche. Et, immédiatement, je me sentis tout étourdi. En même temps je remarquai que Guaita, après avoir au plus effleuré sa coupe, la posait sur le bureau. Je me hâtai d’en faire autant et je ne touchai plus à la mienne.

Or, j’en avais bu assez : la drogue agissait. Je fus pris de vertige ; des flammes vertes me dansèrent devant les yeux ; une sueur abondante m’imprégna le front ; tous mes membres s’engourdirent ; il me sembla que mon sang ralenti changeait son cours dans mes artères… Je ne trouve pas d’autre expression pour expliquer ce qui s’opérait dans mes organes. Mes jarrets fléchirent et je tombai sur un fauteuil en murmurant : – Je suis empoisonné !

– Mais non, mais non, se hâta de dire de Guaita, la splendeur approche… Dans une minute, vous serez tout à fait bien.

Malgré mon demi-évanouissement, je sentis qu’il s’était approché de moi et qu’il me faisait des passes magnétiques sur la figure et sur le cœur. Puis du pouce, il me raya le front d’un signe qui figurait le tau de l’alphabet grec (C’est la marque de la Gnose et la contrepartie blasphématoire de notre signe de la Croix).

Je revins à moi : le malaise physique était dissipé. Mais je me sentais comme un voile sur l’esprit : ma volonté avait disparu. J’étais sur le point de devenir une sorte d’automate docile à toutes les suggestions. Et pourtant je ne sais quelle voix presque étouffée ne cessait de chuchoter au-dedans de moi : – Prends garde ! Prends garde !

Guaita tira mon fauteuil contre le bureau et me mit sous les yeux un album richement relié. Il l’ouvrit ; je vis défiler une suite de planches, d’une exécution d’art exquise, et qui représentaient… je ne veux pas dire quoi.

Pour les érudits, je les comparerai aux priapées du musée secret de Naples.

De Guaita les commentait d’une voix stridente et mêlait parfois des saillies blasphématoires à sa glose.

Mais voici que, loin de me stimuler, ces ordures élégantes me causaient de la répulsion. Je ne pouvais pas la formuler, car j’étais plongé dans une sorte d’hébétude. Puis cette sensation de froid intense, ressentie déjà lors de ma première visite, m’éprouva de nouveau. Je grelottais comme si j’étais dans un bain de glace…

– Je gèle, je gèle, m’écriai-je, en repoussant l’album.

Guaita laissa échapper une exclamation d’impatience. Cet incident parut le déconcerter : on aurait dit qu’il s’attendait à un résultat très différent.

– Couchez-vous un quart d’heure, me dit-il d’une voix brève.

Il m’étendit sur le divan, me glissa un coussin sous la tête, jeta une fourrure sur mon corps et m’en enveloppa soigneusement. Je me laissais faire comme un enfant ; j’étais incapable de vouloir et presque de penser.

L’occultiste s’assit à son bureau et se mit à écrire, ne s’interrompant, de temps à autre, que pour me lancer des regards plutôt malveillants.

Moi, je fus d’abord dans un état vague. Mes idées flottaient éparses, se muaient en images confuses et difformes, comme il arrive dans certains cauchemars. Pourtant je ne dormais pas, et même le nuage de plomb qui s’était appesanti sur mon cerveau se dissipait peu à peu. Bientôt mon intellect reprit son fonctionnement normal : je me sentis tout à fait lucide. Seulement j’étais brisé de fatigue et je ne pouvais remuer ni bras ni jambes.

Enfin je ne me réchauffais pas. Au contraire, la sensation de froid ne faisait que s’accroître et, tandis que je claquais des dents, je la sentis, pour ainsi dire, s’extérioriser. Ce fut comme si un brouillard d’hiver m’enveloppait…

Il m’enveloppait réellement, car je le vis soudain, comme une vapeur transparente et givreuse qui ondulait dans la chambre… Je prie qu’on me croie ; je ne fais pas de littérature ; je dresse un procès-verbal.

Parmi cette brume, je sentis une présence invisible, glaciale, haineuse, qui s’y tenait immobile et me fixait. Simultanément, un regard machinal, jeté sur la glace du fond de la chambre, me la montra toute trouble.

Je perçus, par une intuition subite, que la Présence me voulait du mal – aurait désiré m’anéantir. Comme j’avais de plus en plus froid, un souvenir me traversa l’esprit, pareil à un éclair, celui de ces lignes lues récemment dans un traité de démonologie : « Souvent, quand la Puissance mauvaise se manifeste, elle s’annonce par un froid rigoureux qui fait souffrir les néophytes du Sabbat… »

Alors une horreur indicible m’envahit. Je récupérai toute mon énergie pour sauter à bas du divan avec le désir véhément de déguerpir.

– Je m’en vais, dis-je à Guaita.

Qu’aurais-je dit de plus ? Nulle explication n’était nécessaire entre nous. Nous nous étions compris – et nous ne pouvions marcher de compagnie.

Mon annonce ne parut pas l’émouvoir. Il haussa les épaules en signe que cela lui était indifférent et marmotta en sourdine : – L’expérience a manqué. Celui-là ne vaut rien pour nous…

Sans autre cérémonie, je pris la porte.

Dehors je respirai largement et, les yeux levés vers les étoiles qui magnifiaient la nuit printanière, je me jurai de ne jamais remettre les pieds dans ce lieu maudit.

Je me suis tenu parole

Source :
Adolphe Retté
AU PAYS DES LYS NOIRS
Souvenirs de Jeunesse et d' âge mur
1913-Paris
Edition Pierre Téqui